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    Modifié 19 Nov. 2015

    André Cayatte

    (Carcassonne 3 février 1909 – Paris 6 février 1989)

    S'il est né à l'angle de la rue Pinel et de la rue Denisse, à l'épicerie en gros tenue par ses parents, s'il a donné un poème de jeunesse à la revue Chantiers, c'est à Paris que ce Carcassonnais a fait une remarquable carrière.
    Il y débarque à 17 ans. " Il était grand, sec, le regard aigu, le nez en bec d'aigle, s'exprime avec aisance dans un vocabulaire exact avec un puissant accent carcassonnais. Il était l'ami de Philippe Soupault et publiait dans les Cahiers du Sud des poèmes singuliers " (Philippe Lamour). C'est en effet dans l'univers des revues d'avant-garde que le jeune aventurier se forgera une culture et des relations. On le retrouve en 1929 après de René Char pour fonder Méridiens à l'Isle-sur-Sorgue. La même année, c'est à Paris qu'un autre provincial, Philippe Lamour, l'associe à la création de Grand Route et publie à la Renaissance du Livre son premier essai, Artaban. Tour à tour, avocat, journaliste, poète, romancier, il entre dans le monde du cinéma en écrivant pour Marc Allégret et Jean Grémillon. Il passe derrière la caméra et réalise des adaptations de Balzac, Zola, Maupassant. En 1948, il connaît un grand succès avec les Amants de Vérone, sur un scénario de Jacques Prévert, reprenant le thème éternel de Roméo et Juliette dans une chronique de l'Après-guerre. Auteur d'une quinzaine de longs métrages importants, il fait jouer Michel Simon, Pierre Brasseur, Jean Gabin, Serge Reggiani, Michèle Morgan, Bourvil, Mouloudji, Aznavour, Sophia Loren, Jacques Brel, Annie Girardot, Mireille Darc… Son œuvre est un long plaidoyer pour une justice plus humaine, contre la peine de mort (l'efficace Nous sommes tous des assassins est de 1952) ; il s'enflamme pour les causes généreuses, avec un sens aigu des torts à redresser (les Risques du Métier, 1967 ; Mourir d'aimer, 1971 ; Il n'y a pas de fumée sans feu, 1972).
    On lui a reproché de les présenter, en avocat avec emphase et " effets de manche " ; on a relevé le manichéisme de ses films : " Même en couleurs, il aura toujours filmé en noir et blanc " écrit Michel Braudeau. Reste l'impact incontestable sur le grand public. Restent les interdictions, censures et pressions diverses prouvant que les causes défendues par Cayatte dérangeaient. Ce " justicier de la caméra " était porté par une idée simple et forte : " je crois à la contagion de la bonne foi ".