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    Modifié 20 Nov. 2015

    Philippe Fabre d'Eglantine

    (Carcassonne 21 juillet 1750 – Paris 6 juillet 1794)
    Tout est polémique, s'agissant de Fabre. La date et le lieu de naissance ont à eux seuls donné matière à plusieurs articles d'érudits, tout comme ce nom d'Eglantine dont une légende forgée par lui-même attribuait l'origine à une récompense obtenue aux Jeux Floraux de Toulouse. Ce fils de marchand drapier carcassonnais a fait ses études chez les Doctrinaires de Limoux, ville où sa famille s'est installée après de mauvaises affaires. La congrégation admet ce brillant élève en son sein comme laïc et le charge d'enseignement dans les petites classes de son collège de Toulouse. Il y rime un Sonnet à la Vierge qui lui vaut un lys d'argent, et non cette églantine dont il fait son nom d'acteur en quittant le collège en 1772. Commence alors pour lui une vie errante de comédien, ponctuée de querelles incessantes avec ses compagnons et d'aventures sentimentales. Après Grenoble, Versailles, Châlons, Troyes, il entre dans la troupe d'Hébert à Namur en 1776. Là il séduit la fille des comédiens Desrémond, une jeunesse de quinze printemps. Il l'enlève, se fait prendre et accuse lors de son procès toute la famille des pires débauches. Promis à la corde, il est gracié et expulsé par le gouverneur des Pays-Bas. A nouveau nomade, il se rend de Paris à Strasbourg où il épouse une actrice bientôt abandonnée pour d'autres conquêtes. Il chante l'opéra à Maestricht et un nouveau périple le conduit à Nîmes où il est chargé en 1785 de la direction du théâtre de la ville. Endetté, il retrouve un moment la discrétion d'un collège de Doctrinaire en Avignon. Mais il ne tarde pas à rejoindre Paris pour y poursuivre une carrière d'auteur dramatique aussitôt marquée par de nouvelles querelles littéraires, sentimentales et financières.
    Premier rédacteur (anonyme) des Révolutions de Paris, secrétaire de Danton, député à la Convention, membre du Comité de la guerre, directeur de la Gazette de France d'où il harcèle les Girondins, ses multiples activités pendant la Révolution sont elles aussi un objet de polémiques, en particulier ses " affaires " politico-financières. Fripon pour les uns, impétueux mais sincères pour les autres, ses agissements douteux dans l'affaire de la liquidation de la Compagnie des Indes lui coûteront la vie. Attaqué par Robespierre lui-même, il est exclu des Jacobins, arrêté, condamné à mort et guillotiné avec les dantonistes. Il nous reste de lui outre une vie tumultueuse dont bien des épisodes restent à découvrir, des opéra-comiques, des pièces révolutionnaires et des satires de révolutionnaires au pouvoir, des farces, des discours, des articles de journaux et une correspondance amoureuse en trois volumes qui rivalise difficilement en pensée avec le Calendrier de la République française qui l'a rendu immortel avec, bien sûr, " Il pleut, il pleut bergère "….